La perluète

04 août 2017

Jeux d'enfants

Carl Larsson

 

Trilles de cris d’enfants au travers d’une haie

giclées de citron vert

qui trouent le mur du temps

 

Leurs ailes souffletant les joues rondes du vent

des migrations d’oiseaux remontent les étés

vers nos jeudis d’antan

 

Mêmes cris

mêmes rires

aux deux bouts de l’allée

 

Sa course suspendue à l’heure du goûter

un vélo délaissé

épuise doucement son fredon 

en roue libre 

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31 juillet 2017

La collection

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Elle me raconta son histoire tristement banale. Les enfants partis, son compagnon décédé, elle avait dû vendre sa maison désormais trop grande et le petit appartement qu’elle habitait maintenant ne pouvait abriter l’ensemble de sa collection.

Elle me présentait chaque pièce, évoquant l’occasion, la manière dont elle l’avait acquise. Telle carafe offerte par son époux pour un anniversaire, telle série de petits verres trouvée dans une brocante du côté de Marseille … chaque bulle de verre saumon étincelait dans sa mémoire du  souvenir des jours heureux.

Comme je m’attendrissais « Il ne faut rien regretter, me dit-elle, il faut savoir tourner la page ! » Pourtant, le prix qu’elle demandait de la moindre coupelle me parut plutôt dissuasif pour la clientèle d’un vide-grenier. Elle risquait fort de devoir remballer, ce soir, dans ses cartons, soigneusement emmaillotés de vieux journaux, ses vases et ses flacons finement ciselés.

N’avait-elle pas voulu, juste une dernière fois, caresser de l’œil et du bout des doigts les émotions rassemblées au bas de cette page de sa vie qu’il fallait bien se résoudre à tourner ?     

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19 juillet 2017

A l'océan

crique-chemoulin-saint-nazaire

De tes embruns légers
délicate sueur
je lèche sur ma peau les fins cristaux qui brillent
avant de me laisser glisser
comme une fille aux mains de son amant
ignorant quel tueur la tient sous son emprise
féroce démembreur de digues et de grilles !

Tu m'enlaces
. ................me lies
............................me berces ..................

.......................                tu babilles

je frissonne charmée oubliant les lueurs
de ta prunelle fauve

Ivresse fugitive…

Courant sur les galets une lame furtive
croque un bout de falaise
arrachant ses genêts

Demain mes os blanchis fleuriront ce repaire :
notre crique écartée où les vents se fanaient
quand j’y venais goûter ton amour qui me perd

 

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30 juin 2017

Chevauchée

145720

 

Enfourcher son désir

chevaucher l’horizon,

sans rênes ni remords

entrer à pleins poumons

dans le vif de l’essor.

 

Etre cet hidalgo

prêt à tout pour séduire

le vent froissant la mort

sous l’aile des moulins.

 

Le vent mâche l’ennui

sur la meule des songes,

le vent qui a conduit

l’écho d’une chanson

dans les couloirs du temps

en soufflant sur ma page.

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26 juin 2017

Fleurs du solstice

voie lactée

Cueillant des gerbes d’étincelles

dans les alpages du solstice

sous l’arche des nuits

j’herborise

 

Astéracées ébouriffées

semis d’ombelles

sur l’obscur

pluie de pollens

en Voie lactée

Bételgeuse et Aldébaran

sont les divas de mon herbier

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29 mai 2017

Quiberon

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enfant que j’ai jadis bercé dans son panier

ouvre les deux battants des portes de la mer

écarte devant moi sa splendide colère

je marche dans tes pas

confiante

émerveillée

 

je t’ai mené longtemps aux rives des rivières

t’ai regardé pousser plus haut que les roseaux

aujourd’hui tu m’apprends cette terre étrangère

insolente et têtue

dressée contre les flots

 

debout dans les embruns

tu ris

et je suis fière

de te voir devenu ce chardon sec et dru

luttant contre le vent et conduisant ta mère

aux confins d’une terre

par l’océan

mordue

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09 mai 2017

C'est la tendresse

pause-tendresse-Gerald GOLE

C’est la tendresse au doux pelage

qui s’installe sur nos genoux

comme une bête familière

use du lit de l’amour fou

 

Elle réchauffe nos hivers

en  s’enroulant à notre cou

 

C’est un bijou de quatre sous

la fleur de givre

à la fenêtre

qui enchante les aubes floues

quand la journée peine à renaître

engourdie

dans ses draps pilou

 

C’est ma tendresse qui s’alarme

d’un rien

d’un faux pas

d’un soupir

tremblant de lire un morne aveu

au miroir sans tain de tes yeux

 

C’est ta tendresse qui désarme

délie les nœuds de mes aigreurs

ton sourire

efface une larme

et ravive en nous la ferveur

d’un pastel

qui virait

pâli

au gris narquois des vents coulis

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22 avril 2017

Elle écrivit longtemps

arl kin (164) - Copie

 

Elle écrivit longtemps

ses lettres chantaient clair

 

Alerte et savoureuse

elle philosophait en points de suspension

épinglait des clins d’œil

à ses exclamations

soufflait de faux secrets entre deux parenthèses

 

Ses lignes sinuaient en montant sur sa page

se gonflaient de tendresse et de fraîche gaîté

 

Elle écrivit longtemps

puis je vis tituber

certains de ses envols

- mes yeux … ma petite fille !

elle se raréfiait

sa plume tarissait

s’allégeant son courrier  me devint plus précieux

 

Une nuit elle ouvrit ses pauvres doigts noueux

la vieille serre usée avait lâché sa branche

et le stylo tomba fleurissant le tapis

de l’encre d’une tache

qui n’a jamais

pâli

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14 avril 2017

Jardin des anges

Modigliani femme aux cheveux roux 1917

 

Le dédain vous hausse le col

jusqu'à l'ennui

jusqu'au vertige

ô femmes-tiges

aux yeux crevés !


Ourlant vos lèvres minuscules 

d'une mélancolie lascive

les doigts du peintre 

vous maquillent

croquent un bourgeon de baiser


Fines et fières orchidées

vos chairs polies vers lui se penchent


Dans son délire se déhanchent

vos calices où il vient boire 

l'austère gravité des anges

 

« le bonheur est un ange au visage grave »

Amedeo Modigliani

Femme rousse 1917

 

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08 avril 2017

Ce jardin

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Ce jardin qui s’apprête

tel au port un voilier

à prendre le printemps comme on prendrait la mer

cet impatient jardin tendu vers son été

n’est-il jamais lassé de courir la chimère

des saisons

colliers d’îles

sans fin ré-enfilées ? 

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