La perluète

24 février 2017

L'orchidée

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Une austère diva déroule sur sa hampe

les volutes figées qu’un tuteur lui enseigne

cette reine enjôlée aux reflets de la serre

s’étiole et se souvient

 

attentive au frisson qui monte du jardin  

elle suspend son rêve à quelque écho lointain

 

cascadant  follement des futaies primitives

elle entend  résonner le rire des toucans

leurs clameurs déchirant  l’opéra des forêts

babillantes d’eaux vives

 

la captive s’accroche à des haillons de mousse

aux lambeaux somptueux

de la jungle ingénue dévorée de fougères

berceau de son enfance

 

exilée désormais dans sa prison de verre

elle pleure

ténue

sa sève douce-amère  

tandis qu’en son cœur saigne un papillon rebelle

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14 février 2017

Le loir au bois dormant

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frileux le cœur serré sous l’étau de l’écorce

les arbres ont pleuré des bourrasques de feuilles

résignés à quitter leurs parures de deuil

ils sentent se figer la sève dans leurs os

 

sur la forêt qui s’assoupit

raidie dans un sommeil sans rêves

décembre a tiré ses rideaux

gonflé ses édredons de neige

 

ignorant nos calendriers

loin des chemins

de leurs ornières

des toits qui fument et des fêtes

un loir enfouit sa léthargie 

dans la tiédeur de son terrier

au plus profond d’une ravine

 

querelles d’ombre et de lumière

tracasseries de notre hiver

fardé de légendes dorées

et de harangues patelines  

le loir n’en a rien à cirer

nul carillon ne violera

la paix de son sommeil sans rêves

 

comme la Belle au Bois dormant

glisse entre les mailles du temps

il en suspend les sortilèges

avant le baiser du printemps 

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04 février 2017

"Bonjour monsieur Gauguin !"

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Cet homme-là n'est pas d'ici

Il a beau chausser nos sabots

entre les plis de son manteau

soufflent les vents d’une utopie

vers les Tropiques

 

Bousculant nos ciels capricieux

d’un songe fauve sans frontières  

ni compromis

il se délivre des ornières

et des boues de nos chemins creux

 

Il va sauter le portillon

l'Europe aux mornes parapets

n'est plus qu'une femme en corset

qu'il rêve nue sous ses haillons

peints de lumière

 

Et moi je reste à la barrière

à saluer par un frisson

désenchanté  le jour qui point

tandis que pisse un petit chien

sur la bruyère

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04 janvier 2017

Les nuits transies

les nuits transies

 

Les nuits transies

troussées d’étoiles

les nuits taillées dans le cristal

traînent dans l’herbe des clairières

de fins jupons amidonnés

que l’aube sucre d’étincelles

 

La vierge sage qui soupire

sous le glacis de ses dentelles

fait déguerpir les amoureux

l’onglée leur mordant les orteils

 

L'œil embué sous sa mantille

mariée dont la pudeur chancelle

la forêt candide grésille

rôtie sur les braises du gel

 

Sur le ciel clair passe une agate

bille de glace

calot de feu 

le soleil bas roule et se hâte

vers des rituels moins frileux

des épousailles

plus canailles

que ces effeuillages gracieux

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29 décembre 2016

Le sel des vieux amants

lunettes

 

Retirons nos lunettes

et galopons à cru

dans le flou des contours ensablés du vécu,

masquons le quotidien d’un rideau de paillettes

 

Dénouons l’aiguillette

entre nos doigts perclus.

L’insolence est la clé des vieux amants têtus

qui s’offrent à tâtons une ultime escampette

 

Viens, crachons sur les braises

le sel de ces fadaises

qui craquent sous la dent et nous brûlent la langue

 

Secouons la torpeur

de l’hiver, ce farceur

a le derrière en feu sous ses neiges exsangues. 

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21 décembre 2016

Solstice d'hiver

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C’est une seconde à peine ébauchée

un pas de côté

à l’est esquissé par un soleil mièvre

et convalescent

 

Tapi dans le noir s’éveille l’espoir

aux lèvres du jour qu’on croyait mourant

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11 décembre 2016

Plaisirs d'hiver

feu effet

 

si dehors il pleut des cordes

ne va pas te pendre

sur un rideau de pampilles

ferme tes carreaux

 

d’une poignée de brindilles

fouette l’âtre éteint

viens réveiller sous la cendre

un soleil mutin

 

ton chat qu’un rêve mitonne

te souffle la voie

au plaisir il s’abandonne

ne résiste pas

 

goûte de ce vin de paille

croque un gros bouquin

quelques vers dans ta salade

ne gâcheront rien

 

laisse fondre sous ta langue

trois grains de folie

pour effacer de l’hiver

la mélancolie

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04 décembre 2016

A mains nues

A mains nues

 

 

Prends mon visage encore un peu

entre tes deux mains comme un feu

dont tu réveillerais la flamme

 

C’est à mains nues que tu captures

mon regard afin qu’en nous dure

le miracle de naître ensemble

 

Ivoire ébène des années

nos jeux de mains sur le clavier

ont usé bien des ritournelles



Mais si les saisons nous rudoient

dans le feuillage de nos doigts 

bruisse encore un vent d’allégresse



Au creux de ton souffle je suis

toujours le même fruit cueilli

par le berceau de tes caresses

 

 

 

 

 

 

 

 

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20 novembre 2016

La tempête est passée

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Pelé

le ciel à vif

a l'éclat du métal

 

La tempête est passée

cuirassée de cristal

toute la nuit

hachant du soc de sa fureur

les forêts chavirées

qu'émondait la terreur

 

Elles  reprennent  souffle

pantelantes

s'égouttent

et sèchent  au soleil

dans leurs haillons de mousses

 

Sous des gravats de feuilles

barbelés de bois mort

les sentiers ravagés s'égarent vers les breuils

 

Au verger mutilé

fiévreux des merles fouillent

parmi les os brisés de l’hiver

ils  dépouillent

de ses derniers lambeaux

la chair des fruits pourris qu’ils disputent aux vers

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06 novembre 2016

Comme neige au soleil

Givre 14

 

Sous un ciel piqueté d’abeilles

fleurit le givre de la nuit

chaque brin d’herbe

en son étui

ganté de sucre s’émerveille

 

L’aube lèchera ce poème

brûlant du feu de son haleine

cette fragile ciselure

qui fond

comme neige au réveil

 

Poète ! Oublie cette imposture

ton bijou fleure la rengaine !

 

Photo Gwen

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