La perluète

10 décembre 2017

Mélancopluie

melancopluie

 

Entends

entends soudain
chiffonnant le silence
le chant gris de la pluie qui chuinte sur les toits
glousse dans les gouttières

glisse du bout des doigts
au cœur des fleurs
l'amer
d'un monde qui se noie
 
Entends

entends la pluie
qui referme la porte
et qui gratte au carreau son refrain de cloporte

Entends la sale pluie
qui cause à petit bruit 
narquoise
avec l'ennui
 
L a vitre flagellée
de ragots s'effiloche
entre râle et sanglot

Sur ta page s'ébrouent quelques phrases bancroches
en un verbiage faux
la pluie
la pluie dilue
l'encre
et le sel des mots 

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03 décembre 2017

Jeu de l'oie

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une OIE se dandinait

oiseuse

sans consonne

sous ma plume rétive elle traînait

atone

avec le bec dans l’O ses voyelles douçâtres

Il eut suffi pourtant d’un J pour l’égayer

changer en feu de JOIE ce jeu de l’oie maussade 

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27 novembre 2017

Les hortensias

 

automne au bois 003

 

Glorieux prélats

les hortensias

sont au bord de l’apoplexie

parés de pourpre cardinale

apothéose en camaïeu

donnent un dernier festival

dressant les mauves et les bleus

autour d’un somptueux festin

où se diluent des lies de vin avec la rosée du matin 

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21 novembre 2017

De l'aurore aux doigts gourds ...

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Sur un ciel en bataille

qui s’enfuit à vau-l’eau

un voile de grisaille

déroule ses lambeaux

 

les griffes des sapins

s’accrochent aux guenilles

imbibées du crachin

dont novembre s’habille

 

De l’aurore aux doigts gourds

suinte un lent crépuscule

à peine né le jour

éreinté capitule

sans avoir combattu

s’effondre sur ses braises

 

mais le soleil têtu

alors que tout lui pèse

avant de disparaître

d’un clin d’œil goguenard

épingle à nos fenêtres

une lueur d’espoir

 

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19 novembre 2017

Pops

anniversaire 169

 

ton élan s’est brisé sur le seuil de l’hiver

quelques tessons épars  

émaillent les allées de mon jardin transi

et je t’entends gratter aux portes mal fermées

de ma mémoire en miettes

 

les aubes amputées du rythme de ton pas

et les soirs dépouillés des rêves pelucheux

qui peuplaient ton sommeil

tendent un crépuscule

d’heure en heure

plus froid

sur la scène déserte où je marche sans toi

 

privés de ta tendresse et de ta joie candide

les jours vont s’étirer

silencieux et vains

comme des mains s’usant à caresser le vide

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31 octobre 2017

Chauve- souris

chauve souris

 

Mi ange mi démon elle a la griffe ailée

Pour démasquer la lune

et cache

entre ses doigts

ses timides journées

 

Glissant au crépuscule

des poutres d’un grenier

c’est une ambiguïté

 née entre chien et loup

 

Quand elles se déploient

ses mains gantées de soie

tissent des équivoques

entre mélancolie et rêveries loufoques

 

Dans son petit groin luit l’acier de ses quenottes 

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11 septembre 2017

La rentrée

la rentrée 2

 

Qu'il serait doux d'entendre

les cris de craie des mouettes

nous vrillant les tympans sur l'ardoise du ciel

 

L’odeur des pins froissée

par le vent des falaises

délivrerait les rues de leur haleine rance

 

Il serait doux d'oser fleurir nos boutonnières

du chardon à l'œil clair qui mitraillait la dune

de ses poignées de braise

 

La semelle au long cours

des sandales fanées qui flânaient sur les grèves

serait douce à traîner sur le béton des cours

 

Traçant le mot "rentrée" dans sa coque de nacre

le bel été renâcle à prendre son cartable

affecte de sortir

à la façon des crabes

poivrant de sable en  grains les pavés de septembre

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04 août 2017

Jeux d'enfants

Carl Larsson

 

Trilles de cris d’enfants au travers d’une haie

giclées de citron vert

qui trouent le mur du temps

 

Leurs ailes souffletant les joues rondes du vent

des migrations d’oiseaux remontent les étés

vers nos jeudis d’antan

 

Mêmes cris

mêmes rires

aux deux bouts de l’allée

 

Sa course suspendue à l’heure du goûter

un vélo délaissé

épuise doucement son fredon 

en roue libre 

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31 juillet 2017

La collection

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Elle me raconta son histoire tristement banale. Les enfants partis, son compagnon décédé, elle avait dû vendre sa maison désormais trop grande et le petit appartement qu’elle habitait maintenant ne pouvait abriter l’ensemble de sa collection.

Elle me présentait chaque pièce, évoquant l’occasion, la manière dont elle l’avait acquise. Telle carafe offerte par son époux pour un anniversaire, telle série de petits verres trouvée dans une brocante du côté de Marseille … chaque bulle de verre saumon étincelait dans sa mémoire du  souvenir des jours heureux.

Comme je m’attendrissais « Il ne faut rien regretter, me dit-elle, il faut savoir tourner la page ! » Pourtant, le prix qu’elle demandait de la moindre coupelle me parut plutôt dissuasif pour la clientèle d’un vide-grenier. Elle risquait fort de devoir remballer, ce soir, dans ses cartons, soigneusement emmaillotés de vieux journaux, ses vases et ses flacons finement ciselés.

N’avait-elle pas voulu, juste une dernière fois, caresser de l’œil et du bout des doigts les émotions rassemblées au bas de cette page de sa vie qu’il fallait bien se résoudre à tourner ?     

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19 juillet 2017

A l'océan

crique-chemoulin-saint-nazaire

De tes embruns légers
délicate sueur
je lèche sur ma peau les fins cristaux qui brillent
avant de me laisser glisser
comme une fille aux mains de son amant
ignorant quel tueur la tient sous son emprise
féroce démembreur de digues et de grilles !

Tu m'enlaces
. ................me lies
............................me berces ..................

.......................                tu babilles

je frissonne charmée oubliant les lueurs
de ta prunelle fauve

Ivresse fugitive…

Courant sur les galets une lame furtive
croque un bout de falaise
arrachant ses genêts

Demain mes os blanchis fleuriront ce repaire :
notre crique écartée où les vents se fanaient
quand j’y venais goûter ton amour qui me perd

 

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