La perluète

18 novembre 2018

Champs de novembre

champs labourés Pscal Duvet

 

 

Sous leur couverture de laine

les champs s’étirent

leur haleine

au matin monte des sillons

entre les mailles des semailles

 

Des mouettes

jaillies de la brume

secouent un édredon de plumes

 

Novembre couve le mystère

frileux

des noces de la terre

qui fait l’amour avec la mort.

 

 

photo: Pascal Duvet

 

Posté par amibrett à 11:52 - Commentaires [0] - Permalien [#]


11 novembre 2018

Petits poilus 2

14-18Theme

 

Petits poilus qu’on salue

Ernest  Alphonse et Eugène

vous aviez quoi, la vingtaine

en quatorze, à peine plus.

Vos prénoms qui n’ont plus cours

brodent d’or au cœur des bourgs

le granite où ils s’égrènent.

 

Léon Victor et Fernand

dans vos médaillons d’émail

vous souriez si confiants !

Braves gamins ! Au bercail

vous deviez rentrer fringants

pour Noël chez vos parents …

 

Petits poilus qu’on salue

Gaston Alfred ou Etienne

vos mère, amantes, marraines

aujourd’hui n’espèrent plus

comprendre quel sort cruel

a fait tomber en javelle

tant de beaux épis fauchés

pour l’honneur dans les tranchées

illustration Jacques Tardi 

Posté par amibrett à 11:52 - Commentaires [0] - Permalien [#]

31 octobre 2018

La requête des chrysanthèmes

 

Giverny

 

Ébouriffés les chrysanthèmes

bouillonnent

Place du Marché

sous leurs tignasses de rebelles

gronde un concert de voix outrées :

 

« Nous avons beau sur tous les tons chanter la vie

nous embraser

gonfler nos pompons nos chignons en de subtiles variations

japoniser

nos protestations restent vaines

en cimetière nous menez

au seul gala qui nous convienne

vous en êtes persuadés

 

Croyez-vous adoucir l’exil de vos défunts

encalminés sous nos falbalas inutiles

dès demain ils seront fanés

 

Laissez les Parques réchauffer vos trépassés

tisser pour eux le cachemire

qui  drapera leurs os glacés 

 

C’est sur vos tables en bouquets

que nous rêvons d’aller danser  

d’enflammer l’âme des banquets

de nos crinières insensées

 

entre vos murs sous les portraits de vos absents

loin des marbres et des cyprès

nous aimerions planter nos choux

invitez nous »

Image : La salle à manger de Monet à Giverny

Posté par amibrett à 09:54 - Commentaires [1] - Permalien [#]

24 octobre 2018

L'hiver approche

l'hiver s'approche

 

L’hiver approche à reculons

Aux coins des murs, chaussé de plomb

il traîne une ombre délétère

 

S’attardant plus que de raison

l’été pieds nus dans sa lumière

jusqu’en octobre a tenu bon  

 

Les danses de demi-saison

n’ont plus cours et les chrysanthèmes

préludent émus de frissons

à l’ouverture d’un requiem

Posté par amibrett à 17:14 - Commentaires [1] - Permalien [#]

10 octobre 2018

Le silence

6a00e54ef0bfc48833016761f7a343970b-400wi

 

Le silence a peuplé de rides le désert

et semé des cailloux à la place des mots

 

Ça et là dans le sable

une rose de pierre

cherche à sculpter le vent

effeuille les échos de ces fêtes anciennes

dont la mémoire peine à sauver des lambeaux

                                                   

Tourbillons de poussière

une poignée d’os nus

broyée dans sa spirale

s’en retourne au néant d’une nuit souveraine

 

Le vent n’a plus de chair

la musique s’est tue

et sur la joue du monde un sablier ruisselle

Posté par amibrett à 10:12 - Commentaires [1] - Permalien [#]


02 octobre 2018

Petit matin

essuiles-au-petit-matin

 

Petit matin tendu de toiles d’araignées

aux franges de l’automne emperlées de rosée 

 

Le soleil s’est glissé sous les cils de la nuit

et son œil rouge luit

en réchauffant la joue poudrée de la colline

 

Petit matin soyeux dans sa lingerie fine 

petit matin matois jouant de l’illusion

d’un été s’attardant

bien plus que de raison 

 

Petit matin radieux

parfum de la fumée

qui monte du village à l’heure du café 

 

Posté par amibrett à 18:13 - Commentaires [2] - Permalien [#]

21 septembre 2018

L'été des ganivelles

 

oyats-ganivelles madameodin1

Plage livrée par lots sur des carrés d’éponge

le bonheur est en solde entre les parasols !

                    

Au rayon produits-frais

carpaccio saisonnier

l’océan se détaille en minces vaguelettes             

 

Du parking au rivage

sous le laser brûlant d’un soleil outrancier

courent les ganivelles

                    code-barres de l’été

 

On rêve de surprendre un brin de vie sauvage

que la dune recèle à l’ombre des palis

 

Mais l’œil vif des chardons

                      le frisson des oyats

                                           la flamme des pavots

attendent patiemment l’exil des vacanciers qui leur rendra

                    l’appel joyeux du gravelot

                                             piquetant son reflet au miroir de l’estran

 

Posté par amibrett à 10:14 - Commentaires [2] - Permalien [#]

03 septembre 2018

Lumière de septembre

lumiere de septembre

 

Lumière veloutée

brodeuse de paresse

succédant à l'ogresse fougueuse de l'été

le soleil de septembre a l’échine élastique

du chat rentrant au gîte d’une démarche oblique

 

Lumière apprivoisée

buveuse de caresses

qui ne se cogne plus contre les volets clos

mais rampe avec adresse

coulant l’or de son dos

sous l’armoire percluse dont craquent les vieux os

 


Lumière pacifiée

traînant ses derniers feux

avant de disparaître

guettée par l'ombre bleue tapie sous la fenêtre

 

Posté par amibrett à 10:05 - Commentaires [1] - Permalien [#]

25 août 2018

La Sée

La Sée

 

D'où vient-elle

déliant le flot de ses cheveux

dans les ors de la baie buveuse de lumière ?

 

Sinueuse

elle suit son cours à pas menus

étire son chemin vers l'infini soyeux

 

La vagabonde luit parée de toutes grâces

le soleil émiettant sa robe décousue

nous dévoile sa chair qu'elle a naïve et bleue

 

Fut-elle sage épouse offerte à la tiédeur des limons de son lit

ou frivole qu’enlacent

d’arche en arche envoûtés

tous les ponts enjôleurs ? 

 

Le temps d’offrir son chant aux pales d’un moulin  

et la voilà noyant ses bras dans le ressac

d’une marée troussée d’oiseaux et de pêcheurs

elle goûte grisée

l’âcre saveur des flaques.

 

Entre les bancs de sable ourlés de prés de sel

la naïade s'égare

échappe à toute trace

s’enlise dans la vase où sa trame s’efface

 

On la nommait : La Sée

en baie de Saint Michel.

*La Sée : Rivière côtière de Normandie qui prend sa source près de Chaulieu et se jette dans la baie du Mont Saint Michel après avoir alimenté un ancien moulin à papier reconverti en écomusée.

 

Posté par amibrett à 11:57 - Commentaires [0] - Permalien [#]

22 août 2018

Nuit d'été

Plage vacances arielle 049 (78)

 

Sur la peau de la mer

frissonnait la lumière

en rides rouges 

bleues et or

reflets du port.

 

La nuit vibrait encore

de l’écho d’une fête

et tu courais

pieds nus

sur la peau de la plage.

 

Ourlant d’écume ton sillage

tes rires en festons

brodaient de galaxies

le grand corps mou de l’ombre

 

Posté par amibrett à 16:45 - Commentaires [0] - Permalien [#]