La perluète

07 juillet 2018

L'échappée du temps

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Laper l’eau des souvenirs

dans la conque de tes mains

c’est tenter de retenir

du sable au creux de ton poing

 

l’échappée du temps ruisselle

entre tes doigts obstinés

à cueillir sur la margelle

l’éclat des bonheurs fanés

 

la vie est une fontaine

du nectar de chaque jour

savoure la bonne aubaine

et ne retiens que l’amour !

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03 juillet 2018

Fenaison

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Au creux de la colline

écrasée de torpeur

la brise s’est lovée sans lever de frissons

 

La prairie est fauchée

s’affalant au soleil

comme une femme lasse

qui délie ses cheveux

 

La nuit

lente à venir

va lustrer son sommeil

 

Somptueuse

demain

giclera sa toison

entre les doigts de fer tournoyants des faneuses

 

Mais ce soir

étalée

baignant dans ses odeurs

la prairie va s’offrir à tous les jeux de l’ombre

 

Sous l’œil rond de la lune

arquée

elle se cambre

dévoile en sa candeur

l’origine du monde

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19 juin 2018

La piste aux étoiles

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Matins débarbouillés

vêtus par habitude

gantés de petits riens

et chaussés de routine

 

Les chevaux s’en retournent

au manège trotter

l’échine empanachée

sur les traces d’hier

 

Mal éclairée de rires jaunes

la farce

dans le rond de l’arène  

s’obstine

à pousser son archet

sous le nez de l’Auguste

 

Il faut bien du talent

pour étoiler d’enfance

la piste sur laquelle à petits pas comptés

la vie se démesure en son cadran rouillé

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15 juin 2018

Nocturne au Mont

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Ni vent ni vague

avec la nuit la baie livrée à l’équivoque

sous le rempart bat la breloque

glissements sourds

molles errances

envoûtement de boues rêveuses en mouvance

 

Ni vent ni vague

rampe la mer

palpe les murs

gorgeant de sèves

la grève obscure

 

Ni vent ni vague

la marée berce dans la vase un poing de pierre

serrant dans l’ombre une pépite de lumière 

 

Entre ses doigts

coulées de marches assoupies

vouées aux chats

gris pèlerins

dévots impies

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13 juin 2018

Labyrinthe

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J'habite un labyrinthe ébouriffé de buis

jardin de pas perdus

de détours

et d'errances

où le mufle du vent soulève les fragrances

d’un été révolu

 

Quand la vie se délite en allées et venues  

autour d'un rien de sens

d’une pensée ténue

se perdant à loisir au hasard des bosquets

il me manque l’élan de ce battement d’ailes

qui pourrait m’arracher au sable sans issue

pour aller respirer l’haleine du soleil

 

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11 juin 2018

Rude pays

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Sous les solives des orages

tes ciels déchirent la lumière

en froissent des lambeaux

harponnés par les flots

 

Pays fier et taiseux

étrillé par le vent

sous la toison de tes ajoncs

un rien de chair cousue de nerfs  

 

Pour tenir tête à l’océan

tu n’as que la peau sur les os

 

Remontant tes abers c’est le sang de la mer  

qui cogne dans tes veines

et va baigner ton cœur battant sous le granit

 

Dans tes yeux lessivés par le feu des embruns

traînent des rêves de bocages

lacérés par des chemins creux

 

Entre lande et ressac

ricochent les couplets des gwerzioù* de naguère

dont le flux déroulait sur tes lèvres d’écume

les galets de ta langue

 

 

*Une gwerz (en breton, au pluriel gwerzioù) est un chant breton racontant une histoire, depuis l'anecdote jusqu'à l'épopée historique ou mythologique. Proches des ballades ou des complaintes, les gwerzioù illustrent des histoires majoritairement tragiques ou tristes.

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12 mai 2018

Enfantines

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Ils avaient la cuisse légère

ou le pas lourd

c'était hier

on les a déjà oubliés

se sont noyés sous la poussière

 

Ainsi font font chacun leur tour

les pantins frêles

puis s'en vont

ayant dansé le rigodon

ou la pavane c'est selon

 

Impatients d'entrer dans la ronde

et de ramasser les lauriers                

d'autres s'en viennent par milliers

avec leurs faims

refont le monde

 

Ils moulinent un peu plus fort

brassent le vent

dans des turbines

leur farine n'est pas plus fine

mais qui pourrait leur donner tort ?

 

―Maman  maman les p'tits bateaux

finiront tous le bec dans l'eau ?

― Je n'en sais rien tais-toi et nage

chacun son caca

son naufrage

 

Ainsi font font leur petit tour

au bois joli

ils courent courent

les furets qui passent

trépassent

et jamais par là ne repassent.

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08 mai 2018

Semaison

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L’aube étrillée de chants d’oiseaux

émerge de l’écume

                        candide des vergers

toilette matinale

bouillonnant du frisson des arbres dépouillés

                         par la brise légère

 

Neigeuse semaison tapisse les allées

                         engorge les gouttières

et crible la prairie de nacres éphémères

 

c’est un matin d’avril secouant son édredon

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29 avril 2018

En Alsace

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Poignées de dés jetés sur le tapis des champs

aux genoux des coteaux

s'égaillent les villages

poudrés jusqu'aux sourcils de leurs vergers en fleurs

 

Aux balcons du vignoble

s'accoude le printemps

 

Jaillis de leurs fourreaux des glaives de grès rose

tournoient contre le vent

sur le galop des bois

Les donjons  ébréchés sous leurs barbes de lierre

bruissent du  souvenir des joutes d'autrefois

 

Les Vosges débonnaires

en leurs jupons bouffants

couvent ces guenilleux rassis qui fanfaronnent

en se rêvant encor vainqueurs bardés de fer

sous les yeux langoureux de leurs tendres friponnes

 

Il y a bien longtemps

pourtant

que les coquettes

leur ont avec des ronces

noué les aiguillettes !

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17 avril 2018

Frissons d'Avril

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Bagatelles et fééries

le printemps suce chaque branche

tire de la moelle son miel

en succulents bourgeons fleuris

 

Soyeuses japonaiseries

troublante estampe rose et blanche

le verger tend ses lingeries

cousues de nacre sur le ciel

 

Baisers poivrés mordus de grêle

malmènent ces affèteries

frissons de verts éternués         

Avril se mouche dans sa manche

 

 

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