La perluète

09 mai 2017

C'est la tendresse

pause-tendresse-Gerald GOLE

C’est la tendresse au doux pelage

qui s’installe sur nos genoux

comme une bête familière

use du lit de l’amour fou

 

Elle réchauffe nos hivers

en  s’enroulant à notre cou

 

C’est un bijou de quatre sous

la fleur de givre

à la fenêtre

qui enchante les aubes floues

quand la journée peine à renaître

engourdie

dans ses draps pilou

 

C’est ma tendresse qui s’alarme

d’un rien

d’un faux pas

d’un soupir

tremblant de lire un morne aveu

au miroir sans tain de tes yeux

 

C’est ta tendresse qui désarme

délie les nœuds de mes aigreurs

ton sourire

efface une larme

et ravive en nous la ferveur

d’un pastel

qui virait

pâli

au gris narquois des vents coulis

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22 avril 2017

Elle écrivit longtemps

arl kin (164) - Copie

 

Elle écrivit longtemps

ses lettres chantaient clair

 

Alerte et savoureuse

elle philosophait en points de suspension

épinglait des clins d’œil

à ses exclamations

soufflait de faux secrets entre deux parenthèses

 

Ses lignes sinuaient en montant sur sa page

se gonflaient de tendresse et de fraîche gaîté

 

Elle écrivit longtemps

puis je vis tituber

certains de ses envols

- mes yeux … ma petite fille !

elle se raréfiait

sa plume tarissait

s’allégeant son courrier  me devint plus précieux

 

Une nuit elle ouvrit ses pauvres doigts noueux

la vieille serre usée avait lâché sa branche

et le stylo tomba fleurissant le tapis

de l’encre d’une tache

qui n’a jamais

pâli

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14 avril 2017

Jardin des anges

Modigliani femme aux cheveux roux 1917

 

Le dédain vous hausse le col

jusqu'à l'ennui

jusqu'au vertige

ô femmes-tiges

aux yeux crevés !


Ourlant vos lèvres minuscules 

d'une mélancolie lascive

les doigts du peintre 

vous maquillent

croquent un bourgeon de baiser


Fines et fières orchidées

vos chairs polies vers lui se penchent


Dans son délire se déhanchent

vos calices où il vient boire 

l'austère gravité des anges

 

« le bonheur est un ange au visage grave »

Amedeo Modigliani

Femme rousse 1917

 

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08 avril 2017

Ce jardin

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Ce jardin qui s’apprête

tel au port un voilier

à prendre le printemps comme on prendrait la mer

cet impatient jardin tendu vers son été

n’est-il jamais lassé de courir la chimère

des saisons

colliers d’îles

sans fin ré-enfilées ? 

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07 avril 2017

Ballade du bonheur

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Un arc en ciel sous les nuages

tire un sourire

du teint plombé des jours moroses

le bonheur

à saute-mouton balaye les orages

 

écrin moiré d’un courant d’air

le bonheur

bulle de savon

se heurte aux barreaux d’une cage

crève

vidé de ses chansons

 

le contenir

ou le cerner

c’est à coup sûr le condamner

au pied du mur

où il grelotte

le sol se couvre de grêlons

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01 avril 2017

A rebrousse-matins

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On the road nuages

Pèlerins éclatants

à rebrousse-matins déroulez vos écharpes

suspendez vos besaces

à l'épaule des vents

 

On the road nuages

Oubliez les falaises

de Douvres

d'Etretat

oubliez cette mer

morne

qui enfanta

les langueurs pelucheuses

de vos haleines vierges

 

Ultreïa baroudeurs

Pour vous

chantent au loin de blondes Lorelei

dont les peignes d'écaille

lisseront vos crachins

 

Pour vous

roule là-bas

l'accent des Babouchka

qui bercent des flocons dans les plis de leurs voix

réchauffant de vodka leurs chagrins en rafales

 

Ultreïa camarades

La Chine est pour demain

la Terre est ce levain que pétrissent  vos pas

cette femme lascive

que fécondent vos grains

 

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21 mars 2017

Images

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Tandis que des fantoches

à leur clinquant s’accrochent

étalent

frénétiques

leurs talents d’enfumeurs

 

gueule ouverte Mossoul

sur ses chicots en ruines  

endure sa douleur

succombe sans un cri

 

comme aux crânes hideux

que les corbeaux tracassent 

sa mâchoire brisée

sous les gravats

grimace

 

je n’ai de cette guerre

qu’une image brouillée

par la vitre souillée d’un écran de poussière

 

au gamin consterné

qui regarde s’enfuir son enfance estropiée

à cette femme en noir

qui s’arrache les ongles

en grattant les décombres

de sa vie lacérée

je voudrais dire ma peine

 

à l’homme désœuvré

qui tente avec ses mains de traduire en tremblant  

le martyr programmé

d’un peuple sacrifié

je voudrais dire ma honte

 

ferais-je mieux de taire

ma tristesse si vaine 

alors que des guignols s’affrontent

et vont noyer

sous un flot de paroles

et de fausses promesses

l’espoir de retrouver un peu d’humanité ?

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16 mars 2017

Matin d'avril

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L’haleine de la nuit traîne encor sur les champs

le soleil glisse un œil au ras de la colline

et crible de joyaux la haie dont s’illuminent

les troncs cousus de lierre

qui somnolaient

dolents.

 

Chaque brin d’herbe sue d’un éclat juvénile

 

Distillant la lumière au travers de leurs crins

deux chevaux

jouent

le bronze

éclabousse leurs reins

 

Leur accolade explose en un jet triomphant

dressé face au soleil

célébrant le printemps

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08 mars 2017

Printemps bougon

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Le printemps siffle un air bougon

un  blues accordant sa chanson

dans le chalumeau des gouttières

 

sur la vitre qui tend la joue

crépite une volée d’arpèges

                                                                           

les pommiers griffent le ciel mou

mars aux bourgeons crie sa colère

sous un noir essaim de grêlons

 

le printemps siffle un air bougon

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24 février 2017

L'orchidée

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Une austère diva déroule sur sa hampe

les volutes figées qu’un tuteur lui enseigne

cette reine enjôlée aux reflets de la serre

s’étiole et se souvient

 

attentive au frisson qui monte du jardin  

elle suspend son rêve à quelque écho lointain

 

cascadant  follement des futaies primitives

elle entend  résonner le rire des toucans

leurs clameurs déchirant  l’opéra des forêts

babillantes d’eaux vives

 

la captive s’accroche à des haillons de mousse

aux lambeaux somptueux

de la jungle ingénue dévorée de fougères

berceau de son enfance

 

exilée désormais dans sa prison de verre

elle pleure

ténue

sa sève douce-amère  

tandis qu’en son cœur saigne un papillon rebelle

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