La perluète

12 mai 2018

Enfantines

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Ils avaient la cuisse légère

ou le pas lourd

c'était hier

on les a déjà oubliés

se sont noyés sous la poussière

 

Ainsi font font chacun leur tour

les pantins frêles

puis s'en vont

ayant dansé le rigodon

ou la pavane c'est selon

 

Impatients d'entrer dans la ronde

et de ramasser les lauriers                

d'autres s'en viennent par milliers

avec leurs faims

refont le monde

 

Ils moulinent un peu plus fort

brassent le vent

dans des turbines

leur farine n'est pas plus fine

mais qui pourrait leur donner tort ?

 

―Maman  maman les p'tits bateaux

finiront tous le bec dans l'eau ?

― Je n'en sais rien tais-toi et nage

chacun son caca

son naufrage

 

Ainsi font font leur petit tour

au bois joli

ils courent courent

les furets qui passent

trépassent

et jamais par là ne repassent.

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08 mai 2018

Semaison

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L’aube étrillée de chants d’oiseaux

émerge de l’écume

                        candide des vergers

toilette matinale

bouillonnant du frisson des arbres dépouillés

                         par la brise légère

 

Neigeuse semaison tapisse les allées

                         engorge les gouttières

et crible la prairie de nacres éphémères

 

c’est un matin d’avril secouant son édredon

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29 avril 2018

En Alsace

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Poignées de dés jetés sur le tapis des champs

aux genoux des coteaux

s'égaillent les villages

poudrés jusqu'aux sourcils de leurs vergers en fleurs

 

Aux balcons du vignoble

s'accoude le printemps

 

Jaillis de leurs fourreaux des glaives de grès rose

tournoient contre le vent

sur le galop des bois

Les donjons  ébréchés sous leurs barbes de lierre

bruissent du  souvenir des joutes d'autrefois

 

Les Vosges débonnaires

en leurs jupons bouffants

couvent ces guenilleux rassis qui fanfaronnent

en se rêvant encor vainqueurs bardés de fer

sous les yeux langoureux de leurs tendres friponnes

 

Il y a bien longtemps

pourtant

que les coquettes

leur ont avec des ronces

noué les aiguillettes !

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17 avril 2018

Frissons d'Avril

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Bagatelles et fééries

le printemps suce chaque branche

tire de la moelle son miel

en succulents bourgeons fleuris

 

Soyeuses japonaiseries

troublante estampe rose et blanche

le verger tend ses lingeries

cousues de nacre sur le ciel

 

Baisers poivrés mordus de grêle

malmènent ces affèteries

frissons de verts éternués         

Avril se mouche dans sa manche

 

 

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15 avril 2018

Vent de vigueur

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Quand la vie étriquée

te blesse aux entournures

qu’à l’étroit de ta manche elle plombe tes ailes

 

découpe une fenêtre

dans le carcan des jours

et penche-toi un peu sur la rue qui palpite

t’offrant à déchiffrer

       la danse des abeilles

              à la porte des ruches

                     les arcanes du  miel dans le chaud de leur coeur

 

Ecoute le bourdon de fièvres qui t’étonnent

                                déroulent le cocon

                     trop serré de tes heures

et soufflent dans ton dos le vent de leur vigueur

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11 avril 2018

Rude pays

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Pays fier et taiseux

étrillé par le vent

un rien de chair cousue de nerfs

sous la toison de tes ajoncs

rude pays tu n’as que la peau sur les os

pour tenir tête à l’océan

 

Remontant tes abers c’est le sang de la mer  

qui cogne dans tes veines

et va baigner ton cœur battant sous le granit

 

Sous les solives des orages

tes ciels

infiniment

déchirent la lumière

en froissent des lambeaux

harponnés par les flots

 

Tes horizons écartelés traînent des rêves de bocages

lacérés par des chemins creux

où grinçait l’essieu lancinant

de la charrette de l’Ankou

 

Dans tes yeux lessivés par le feu des embruns

je vois passer le bleu des gwerzioù* de naguère

dont le flux déroulait les galets de ta langue

sur des chemins d’écume

entre lande et ressac

 

 

*Une gwerz (en breton, au pluriel gwerzioù) est un chant breton racontant une histoire, depuis l'anecdote jusqu'à l'épopée historique ou mythologique. Proches des ballades ou des complaintes, les gwerzioù illustrent des histoires majoritairement tragiques ou tristes.

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04 avril 2018

Rosée

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Un cristal qui tremblote au bout de son brin d'herbe

liqueur d'astre suintant des lèvres de la nuit

 

Suspendue dans l'espace une bulle de temps

dont la loupe dispute au monde sa courbure

au soleil sa brûlure

ses éblouissements

 

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31 mars 2018

Prière aux lendemains qui chantent

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Donnez-nous chaque jour la force de mentir un peu mieux que la veille

Accordez-nous de voir des escarpins vernis 

chausser le quotidien aux croquenots flétris

 

Délivrez-nous des fards de la mélancolie

 

Au bonheur de vieillir sacrifions les regrets

Glissons sous le tapis les souvenirs-guimauve qui nous niquent les dents

et pardonnons au temps l’offense des miroirs

en fleurissant l’autel des lendemains qui chantent

 

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28 mars 2018

La piste aux étoiles

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Matins lavés par habitude

matins vêtus de lassitude

gantés de riens

chaussés d’ennui

 

Sur les traces d’hier

les chevaux s’en retournent

au manège danser

 

Mal éclairée de rires jaunes

la farce

dans le rond de l’arène  

s’obstine

à pousser son archet

sous le nez de l’Auguste

 

Il faut bien du talent

pour étoiler d’enfance

la piste sur laquelle à petits pas comptés

le temps se démesure en son cadran blessé

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21 mars 2018

"Par coeur"

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Frappez tambourins de l’enfance

les vieux rythmes des ritournelles

qui fleuraient l’encre et la poussière

 

Scandé par nos voix de faussets

l’automne avait moins de sanglots

que de billes dans son gousset

 

Le vaste ciel si bleu si calme

cognait de son aile  au carreau

et brodait d’azur nos sarraus

 

Du coin de l’œil nous guettions l’heure

d’aller lâcher sous le préau

le cri des cancres du par cœur 

troublant la quiète méridienne

d’un marronnier qui se berçait

de la musique de Verlaine

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